Hostelling International Chicago

Les sujets ne manquent pas à l’auberge de Chicago. Même si Thomas, le directeur, me dit d’emblée que je ne peux pas passer à côté du sujet du moment: la soirée électorale à Grant Parks, à deux blocs de l’auberge, où Obama fera son apparition triomphale (ou pas). (Bon, on sait que si, maintenant, désolé pour ce retard dans mon blog). Ce sera la veille de la dead line, mais ce sera quand même le sujet que je choisirai finalement.

C’est une très grande auberge, un beau bâtiment ancien. Elle compte 500 lits en haute saison. Le reste de l’année, les chambres des étages supérieurs sont louées à des étudiants. 

Outre la rencontre entre voyageurs de partout, sa vocation est une ouverture sur le monde pour les habitants de Chicago. « We bring the world to Chicago. »

Ainsi, des programmes sont proposés aux écoles secondaires pour s’immerger dans l’auberge. A force, je ne le réalise plus, mais une auberge de jeunesse est un formidable endroit de mixité internationale.

Chaque semaine, une classe secondaire de Chicago vient dormir, et préparer un repas gratuit pour les clients de l’auberge qui le désirent. Un repas traditionnel dun pays étranger sur lequel la classe a travaillé. La Corée du Sud ce mardi. Les élèves doivent ainsi cuisiner, mais aussi préparer une présentation du pays, avec un powerpoint. Ils ont aussi des jeux pour se familiariser avec l’auberge et pour accoster des voyageurs. Par exemple: trouver quelqu’un qui joue à la pétanque/qui parle trois langues/qui sait quelle est la capitale de lIslande/etc.

Pour les voyageurs dont je suis, c’est aussi une super opportunité de rencontrer des jeunes du coin. Dans ce contexte, c’est même eux qui sont censés venir à moi, c’est intéressant. 

Leur présentation de la Corée du Nord est aussi intéressante. Pas tant pour le contenu qui ressemble fort à un rapide copier/coller de Wikipedia, mais pour leur éloquence. Ces jeunes de seize ans s’expriment étonnamment bien en public. Tous les élèves de la classe parlent bien, fort, avec aisance. C’est loin d’être comme ça en Belgique. Par contre, je trouve que le contenu est fort simple et fort court pour des gens de cet âge-là.

Jen parle avec un Français juste après, qui avait exactement pensé la même chose.

L’auberge propose des activités gratuites pour les résidents. Ce sont des volontaires locaux qui proposent des sorties, comme, aujourd’hui, la Halloween Parade, où ils emmènent les intéressés.

Comme je suis là pour faire un film sur l’auberge, tant qu’à faire, je me laisse aussi tenter par un cours de salsa où un autre guide de l’auberge emmène les intéressés. Et, un autre jour, je me joins à une sortie dans un bar à tapas. Deux rencontres surprenantes ce soir-là dans le groupe. On est une petite dizaine. Et j’en connais deux indirectement. D’abord, Nicole. Elle était à l’auberge de jeunesse de Montréal en même temps que nous les Müvmédiens ! (elle avait rencontré les autres.) Quelques minutes plus tard, je fais connaissance avec Sonia, une Belge. Elle travaille dans la petite entreprise familiale Ice Concept, près de Liège, pour qui j’avais fait une petite vidéo, il y a quelque mois. C’est pas nouveau, mais : que le monde est petit 🙂

maman | novembre 26, 2008	@ 11:04
bonjour jb on t attend pour aller en ville. ca t interesse? sns gsm c est difficile d ecommuniquer et aussi avec ce foutu clavier qwerty. appelle a l hotel ou reponds tout de suite

Linda

J’apprends que Linda, la réceptionniste de l’auberge de Chicago, travaille là certaines nuits. Je décide de faire son portrait. Je pense que ça peut être intéressant de passer la nuit avec ce personnage que j’avais trouvé ambigu. 

Mais elle me prévient d’emblée, la nuit, il ne se passe rien. Qu’importe, pensè-je, le grand documentariste que je suis va capter ce rien de la nuit pour en faire un film 🙂

Eh bien non, évidemment. Ca ne va pas. Je ne vois rien à filmer. Linda étudie un manuel de cours pour devenir hotel manager. Mais c’est tout. Juste à un moment, vers minuit, un groupe de quatre jeunes Sud-Américains débarquent tout contents d’avoir trouvé l’auberge. Mais Linda, sur un ton monocorde :

– I’m sorry, I dont have male beds available. 

Celui des jeunes qui parle anglais attend que Linda continue. Linda répète.

– I dont have male beds available.

– So? 

– You keep asking me, but all I can say is that I dont have male beds available.

– But we dont have any place to go. Hotels are very expensive, here.

– Yes, I know. But I cant do anything for you.

Silence. Le jeune homme garde son regard suppliant.

Linda soupire et descend de son tabouret. Elle prend une feuille dans un présentoir et la lui tend. C’est la liste des auberges les plus proches. Mais finalement, elle prend son téléphone et téléphone elle-même. Elle leur explique comment s’y rendre. Puis elle leur donne une carte de visite de l’auberge. 

– Call me if you get lost.

C’était une scène magnifique. Linda la dure, la sèche, qui dun coup devient une vraie mère pour ces jeunes perdus dans la grande ville. Je l’adore. 

Mais je ne filmais pas.

Linda

J’aurais aimé lui demander d’où elle vient, pourquoi elle porte des habits traditionnels africains (je n’ai vu personne d’autre le faire ici). Je suis partagé entre le fait de prendre les gens pour ce qu’ils sont au moment présent, ou m’intéresser à leur passé, leurs origines. Qu’est-ce qui serait le plus agréable pour elle ? Moi, j’aime exister pour ce que je suis là maintenant que pour d’où je viens ou mon background. C’est cool quand les gens s’intéressent à moi quand je leur parle de Müvmédia, mais je ne suis pas que Müvmédia ! Parfois, c’est comme si subitement les gens me regardaient différemment avant et après que je leur explique que je participe à une émission télé. Bon, c’est cool, bien sûr, mais je suis toujours la même personne. Suis-je insipide en-dehors du fait d’être un Müvmédien ? 

Bref, tout ça pour dire que 🙂 je ne pose pas de question à Linda sur ses vêtements, Linda nest pas que ses vêtements, on doit déjà assez lui demander comme ça. 

Il ne se passe plus rien. Je m’endors presque, derrière ma caméra, en attendant qu’il se passe quelque chose. Je décide d’aller dormir.

Routine

Müvmédia est devenu quelque chose d’automatique. Je suis en train de faire du montage dans un coin d’une auberge de jeunesse en plein coeur de Chicago, et ça me paraît tout naturel. Je suis super en retard, comme d’hab. Je suis allé faire le plein de crasses au distributeur de bonbons, comme d’hab. Je vais probablement pas dormir en cette veille de deadline, comme d’hab.

Chicago !! Etats-Unis !! Je ne réalise plus. C’est devenu mon métro-boulot-dodo à moi. C’est fou. Mais demain commence la dernière semaine…