Allo, bonjour, vous pouvez me livrer une pizza quatre-saisons et un coca light ? Ah oui, et mettez-moi aussi une maison, s’il vous plaît.

Ils sont fous, ces Américains ! La main d’oeuvre à Fort McMurray est tellement chère, que c’est plus économique de faire construire sa maison ailleurs et… de se la faire livrer !

Films manqués à Fort McMurray

Le film que j’ai fait à Fort McMurray, j’ai presque honte de savoir que vous allez le voir, qu’il va passer sur TV5, et qu’il va être soumis à un jury de pros. Je n’ai pas eu de chance cette semaine. Peut-être pas d’énergie non plus.

Si habituellement, les gens qui viennent à Fort McMurray vivent de véritables success story, c’était loin d’être mon cas. Voici un petit aperçu des films que j’ai voulu y faire. Le thème imposé est « festin ».

Annie travaille dans un petit restaurant à Fort McMurray. Elle est Québécoise. Comme tant d’autres, elle est venue ici pour se faire de l’argent. Des salaires souvent deux fois plus élevés qu’ailleurs. La main d’oeuvre est une denrée valorisée, dans cette petite ville prospère du Nord ! Annie passe son temps à prendre les commandes. Hamburger du chef, hamburger spécial, hamburger frites. Ce n’est pas très varié. Mais Annie fait son job avec un sourire sincère. Elle rayonne. Le soir, supermarché. Que prépare-t-elle pour elle et son fils, après avoir servi des centaines de hamburgers ?

Annie vient de trouver un second job en soirée, et n’a plus une minute à me consacrer avant plusieurs jours.

Autour de Fort McMurray, il y a des « camps de travail ». Assez éloignés pour y faire loger les ouvriers. Et leur servir des bons petits plats pour qu’ils ne se sentent pas déprimés. Des sociétés se sont spécialisées dans la préparations de ces repas particuliers. Des cuisiniers travaillent sur place. J’aurais voulu faire le portrait de l’un d’eux.

Démarches entreprises pour autorisation, demande refusée.

Ce qu’il manque à Fort McMurray, ce sont des liens sociaux. Soucieux d’y palier, le conseil de la ville organise par exemple un grand petit déjeuner en plein air. Voilà l’occasion de filmer les gens du cru rassemblés autour d’un rare événement fédérateur.

Temps dégueulasse, presque personne ne vient, je filme un peu, amorphe, trempé, ça ne donne rien.

En revenant sous la pluie, deux Indiens m’accostent pour faire causette. A nouveau, des gens venus ici pour travailler et se faire beaucoup d’argent. Ils sont chouettes. Comme c’est samedi, ils vont au centre dans un bar à strip-teaseuses. Ils me proposent de les accompagner. Héhé, il semble que mon film soit enfin venu à moi, et de lui-même ! Je renonce à prendre le bus pour continuer à marcher avec eux et faire connaissance.

Soudain, une voiture klaxonne, des potes à eux, ils s’engouffrent à l’intérieur, et je reste planté là tout seul sur le trottoir, j’ai juste droit à un petit signe d’au-revoir d’un des deux.

Mike vient de Terre-Neuve. Il a tout plaqué pour créer sa propre affaire à Fort McMurray: un snack pizzeria. Concept très simple: quatre sortes de pizzas, coupées en quarts et attendant le client dans un présentoir, plus un frigo rempli de boissons, toutes à 1,25. Il n’a pas d’employé, il fait tout tout seul. Il se la joue un peu. Chaque fois il laisse le temps au client exprimer un «Euh… » devant le présentoir, avant de réciter fièrement les sortes de pizza et le tarif. Les affaires marchent très bien, les gens viennent en disant qu’ils raffolent de ses pizzas.

Je trouve ça cinématographique. Je recommande un quart, en observant comment son petit univers fonctionne. Je discute avec lui. Je suis sûr d’avoir enfin trouvé un super sujet. Je lui demande. C’est ok ! Ah, aujourd’hui ? Non, il ferme dans un quart d’heure pour aller voir ses enfants laissés au pays, il profite du long week-end.

Via via, je tombe sur Massoud, un comptable bien représentatif des success story de Fort McMurray, qui me recoit quelques heures avant mon bus de retour. Une fois chez lui, il me fait comprendre qu’il n’a pas beaucoup de temps à m’accorder. Et merde. Je lie la discussion avec la nourriture de manière plutôt pathétique.

Je sors de chez lui dépité, l’interview n’est même pas bonne, et je n’ai même pas d’autres images de lui. Allez, c’est trop bête, je retourne chez lui pour lui demander d’aller faire un tour en ville, pour prendre d’autres plans.

Il ne m’ouvre pas.

Deux heures avant le bus, je fais une ultime tentative dans un autre snack. Un Libanais. Il a ouvert il y a une quinzaine de jours. Francophone et tout. Super sympa. Lui aussi, ici pour faire fortune. Le sujet idéal. Je me dis que je vais me payer une nuit à l’hôtel, tant pis si c’est 200 $. Tout s’arrange ? Non, mon sujet ne veut pas parce que la déco n’est pas finie, mais il aurait adoré dans une dizaine de jours. J’insiste. No way.

Zou, le bus. Je me démerderai bien avec les images de Massoud ou du ptit déj sous la pluie.

Pas vraiment le pays de la Smart ou de la Twingo !

 

jk | septembre 11, 2008	@ 10:56
salut JB,
serais tu un paratonnerre voyageur ?
http://muvmedia.com/rallye/reportage.php?rid=533
T’en fais pas, les vents vont surement changer :) Tu peux pas être toujours malchanceux !

Marie-Michèle | septembre 11, 2008 @ 11:30
Ça fait bcp de portes fermées à la fin d’une journée ça… En espérant que la race humaine se “gentillise” autour de toi. Je te souhaite une meilleure semaine! Lâche pas :)
MM XXX

Thomas (aka Poney Spears) | septembre 13, 2008 @ 11:55
Ca doit etre le maivais karma de Fort McMurray… ca ira mieux demain!

Andréanne | septembre 14, 2008	@ 7:38
Ah, Jean-Baptiste! Tes mésaventures me rappelle mon film en Belgique! Moi aussi j’ai filmé un événement (le Gordel en périphérie de Bruxelles pour le thème “dualité”) mais à cause de la pluie, ça n’a rien donné. 
Mais, il a fallu que je me démerde avec ces images parce qu’il ne me restait plus de temps pour filmer autre chose!
On est tous dans le même combat! :)

mat | novembre 30, 2008 @ 18:28
hé hé moi j y suis dans ce petit pays de fort mcmurray
ça ne m’étonne pas du tout ta mésaventure
les mentalitées sont bizard ici lol  

[FILM ETAPE 2] Le prix de l’argent

Vous avez envie de gagner beaucoup, beaucoup d’argent ? C’est très simple. Il suffit d’aller vivre à Fort McMurray. Mais vous devez être prêt à tout sacrifier pour une vie entièrement consacrée au travail. A habiter dans une petite ville austère loin de tout, parmi des gens qui ne pensent qu’à bosser. Avec des hivers très rigoureux. Peu de loisirs. Quasiment pas de vie sociale. Et des fast food pour tout resto.

Discuter ? Ca faisait longtemps que Massoud n’avait plus discuté. C’est que si on décide d’aller vivre à Fort McMurray, ce n’est pas pour faire causette. On va là-bas pour travailler. Travailler, et faire de l’argent. Rien d’autre. Certains cumulent même plusieurs boulots.

La petite ville est très isolée. Mais les ressources pétrolifères semblent inépuisables. Or, pour extraire ce pétrole, il faut des gens. Et pour attirer des gens là-bas, il faut bien les payer. Ouvriers, comptables, cadres, cuisiniers, il y a du boulot pour tout le monde.

Massoud y a tenté sa chance il y a quatre ans. Arrivé sans rien, juste sa petite qualification de comptable, il a escaladé les échelons un à un pour gagner des sous avec des petits boulots, payer des formations complémentaires, et monter dans la hiérarchie. Il occupe aujourd’hui un fort beau poste.

Mais à quel prix ? Massoud a renoncé à toute vie sociale. Les rares distractions de Fort McMurray ne l’intéressent pas. Sa seule sortie, car il faut bien manger, ce sont les courses au supermarché.

Thème imposé : Festin
Lieu : Fort McMurray, Alberta, Canada
Mon état moral : 5/10
Hébergement : Chez un sympathique couple Couch Surfing, dans une banlieue « à la Wisteria Lane »…
Inspiration : Après bien des déboires avec mes pistes de sujets, j’ai opté pour faire le portrait de quelqu’un qui était un exemple de success story à Fort McMurray. Mais à travers lui, j’ai voulu aussi montrer le revers de la médaille: la ville est peu hospitalière, il y peu de loisirs ou de vie sociale, et on mange mal.


RESULTATS DU JURY
Bram Van Paesschen: 9,5/20
Un film qui passerait si les images étaient meilleures. ça manque d’une certaine vision et la voix off est trop explicative.

Micheline Lanctôt: 13/20
Touchant, excellent rapport avec le personnage qui perd la voix parce qu’il ne parle pas à personne. Mais le vide et le rien auraient pu passer davantage par les images que la voix off, lourde et convenue. Belle utilisation ironique du thème, que ce festin identitaire d’un bol de curry!

Laurent Lucas: 10/20
Le lieu et le personnage sont tous deux formidables, mais j’aurais aimé que tu ailles plus loin. Que tu presses plus le citron.

Note finale: 32,5/60

bee - Dim 12 oct 2008, 15:13
Ce n'est vraiment pas un festin que de vivre dans cette ville malgré que le film ne m'a pas vraiment fait ressentir d'ambiance particulière.

momo9cam - Jeu 9 oct 2008, 01:29
Serait ce les pollutions des sables bitumineux qui le font toussé comme un perdu. Il ne faut pas oublié que c'est le Harper's Country. Il a tellement raison de ne pas vouloir sortir.

Vince - Lun 6 oct 2008, 09:39
Massoud est un excellent protagoniste, le contexte l'est tout autant. Peut-être aurais-je aimé le voir déambuler dans sa journée type afin d'illustrer vos propos et de mieux ressentir ce sentiment de solitude. Bonne route...

sirenecanari - Lun 6 oct 2008, 05:38
bon sujet mais il manque des éléments pour bien apprécier, je reste un peu sur ma faim !!

Anne-Marie M. - Dim 5 oct 2008, 23:00
Touchant... Perdre la voix parce qu'on ne parle pas assez souvent... C'est triste. Bon sujet, Jean-Baptiste!

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